
de Steven SPIELBERG

sortie cinéma : 10 septembre 1986
Film américain - genre : drame / 2h35
Année de production : 1985
Le destin de deux soeurs Celie et Nettie dans l'amérique noire du début du 20 ème siècle. Séparées de force par un homme qui deviendra le mari de Celie, Nettie s'exilera en Afrique, jurant de lui écrire aussi souvent que possible, tandis que Celie devra se battre pour survivre dans un monde où les femmes n'ont pas vraiment la parole, si ce n'est peut-être Shug Avery, une chanteuse de cabaret dont "Monsieur" est éperdument amoureux. Les deux femmes vont apprendre à se connaître, à s'apprécier...et à changer. 30 ans d'une vie de labeur, d'humiliations et de drames divers. Sans compter que Nettie qui avait promis d'écrire, n'envoie aucune lettre.
Le devoir de mémoire. Si on en parle depuis des décennies dans les cours d’histoire de nos chères (dans le sens affectif et non pécuniaire) écoles, afin de ne pas oublier les conflits majeurs du siècle dernier (eh oui les années 1900 font déjà parties d’un autre âge, et ceux et celles qui y sont né(e)s avec), ce que l’on apprend à l’école se focalise essentiellement sur les conflits armés et évènements politiques qui ont jalonnés le 20 ème siècle. De la première guerre mondiale à la guerre du golfe en passant par la chute du mur de Berlin et la guerre des Balkans, les livres oublient néanmoins des sujets plus tabous qui survivent malgré tout dans l’histoire par les combats qu’ont menés beaucoup d’hommes et femmes pour les droits civiques et les libertés individuelles, pour progresser et faire oublier des us ancestraux qui n’ont plus lieu d’être.
Afin de faire changer les mentalités et de montrer aux yeux du monde que chaque homme sur Terre est le frère ou cousin de son voisin le plus proche, certains militent ardemment dans les rues, créant de gigantesques rassemblements…et tous les problèmes de confrontations entres pros et détracteurs du dit militantisme.
D’autres, plus posés, moins enclins au prosélytisme politique et publicitaire à grande échelle, préfèrent raconter, écrire des histoires, afin de laisser le choix au lecteur de se faire sa propre opinion. Des contes pour adultes qui font réfléchir à la bêtise de l’être humain et qui mettent en avant l’absurdité de vouloir à tout prix se conforter à la tradition séculaire pour ne pas avoir à affronter quelque changement que ce soit.
L’inconnu, on le sait désormais, fait peur. L’instinct primaire est de combattre cette peur en se réfugiant dans ce que l’on connaît, ce qui nous rassure, même si ce n’est pas le meilleur des mondes. Pour les plus radicaux, on doit détruire ce qui nous fait peur, ce que l’on ne comprend pas. Pour d’autres, au contraire, il faut comprendre ce qui nous échappe afin de ne plus en avoir peur et aller ainsi de l’avant.

En 1984, une romancière noire américaine du nom d’Alice Malsenior Walker publie un essai qui fera date dans la littérature américaine. Intitulé La couleur pourpre (son premier titre étant Watch for me in the sunset / Guette-moi dans le crépuscule) le livre raconte, au travers de lettres écrites à Dieu, les mésaventures d’une jeune fille dans l’Amérique noire du début du 20 ème siècle. De son enfance en compagnie de sa sœur bien aimée, à son mariage forcé alors qu’elle n’a que douze ans (âge nubile marquant généralement la possibilité physique d’enfanter donc de vivre maritalement) le livre décrit la pauvreté, l’ignorance, la main mise du pouvoir masculin sur les femmes sur une période de plus de 30 ans. Période durant laquelle elle sera confrontée à la dure vie des femmes, de la séparation puis des retrouvailles avec sa sœur avec qui elle gardera des liens d’une solidité à toute épreuve.
Superbe livre qui obtint non seulement le Prix Pulitzer, mais également l’American Book Award (sorte d’Oscar littéraire), il est aussi polémique car il met en exergue le racisme des blancs, ainsi que le machisme du mâle noir, allant même jusqu’à détailler des scènes érotiques lesbiennes (l’auteur revendique avec naturel et sans vergogne sa bisexualité). Mais au travers des lettres que son héroïne commence toujours de la même manière (« Cher Bon Dieu…) le livre se transforme peu à peu en un journal dont l’intimité devient le point d’orgue d’une œuvre qui marque inévitablement le lecteur.
Pour cela, Alice Walker s’inspire très largement des générations passées de sa famille. Plusieurs situations du livre ont donc des relents de vécu. De son propre aveu, l’écrivain à d’abord fait ce livre en hommage à ses ancêtres, et même si elle les présente d’une dureté absolue, ils n’en restent pas moins humains. C’est avant tout cette notion d’humanité qu’elle cherche à mettre en avant, tout en abordant beaucoup de thèmes annexes. La religion et le sexe. Les deux n’allant pas forcément ensemble, il ne pouvait en résulter que des réactions négatives. Cependant, le livre est tellement bien écrit, avec une justesse et une humanité débordante, que le message passe au-delà de toutes les espérances. Elle ne s’attendait nullement à recevoir l’American Book Award, et encore moins le prix Pulitzer, qu’elle pensait réservé aux journalistes.
L’importance de la religion est donc prépondérante dans cette œuvre, et cela, même si Celie s’en détourne finalement. Elle n’est pas la seule…la chanteuse Shug Avery, dont le père est pasteur, est reniée par ce dernier parce qu’elle décide de se consacrer à une carrière de chanteuse de jazz, avec toute la décadence qu’elle peut entraîner, au détriment de la chorale où il voulait qu’elle officie.
A cette époque, la religion était considérée comme un rocher auquel on pouvait s’accrocher, face à une vie faite de misère et de larmes. Mais devant un dieu qui reste résolument sourd à ses prières, Celie va peu à peu s’émanciper de tout ce qu’on lui a appris, et découvrir un monde non pas fait d’espoir d’une vie éternelle et d’un monde doucereux où règne l’amour d’un dieu qu’elle n’a jamais vu, mais d’une vie terrestre qu’il lui faut dompter si elle veut continuer à vivre. C’est aussi un livre sur la désillusion de la religion. Certains en effet, se réfugient dans la religion au détriment de ceux qui les entourent. Se contentant de faire ce qu’on leur a appris, de se conforter aux traditions séculaires et de bannir toute évolution personnelle sous peine de se voir châtier par la loi des hommes, puis plus tard celle de Dieu.
Celie, dans son odyssée à dimension humaine, va réaliser que, peu importe ce que l’on croit, ce qui est le plus important, ce sont eux qui nous entourent.
A ce titre, si l’auteur a changé son intitulé, c’est pour une simple et bonne raison…Lors de
l’écriture de ce livre, elle avait souvent coutume de se promener dans la nature. Et ce qu’il y voyait était un océan de pourpre. Cette couleur à l’époque, était partout autour d’elle….des fleurs champêtres qui coloraient des champs à perte de vue, aux vêtements que les gens pouvaient porter. Il y en avait tellement, que les gens du coin ne le voyait pas, ne le voyait plus.
La couleur pourpre est donc une parabole de l’humain. Noyés dans la masse, nous même et ceux qui nous entourent devenons insignifiants, banals, à un point tel que nous devenons invisibles. Que l’on s’intéresse à une personne, et la vie de celle-ci se mettra à changer. A leur tour, si ces personnes s’intéressent aux autres, c’est alors tout un microcosme qui va se mettre à vivre, à évoluer. On se rend compte de l’autre comme un autre soi-même, un reflet cependant différent qui fait que si on l’ignore, on s’ignore finalement soi-même.
Une phrase à la fin du livre et du film englobe toute la complexité de la relation qu’entretient Celie avec sa conception du divin. Car même s’il elle s’éloigne d’un dieu absent et sourd à ses prières, pour mener sa propre existence, au plus profond d’elle-même, elle pardonnera également un divin qui ne l’a pas vraiment gâtée dans sa vie en restant attaché à un dieu dont elle s’est volontairement éloignée.
« Je suis pauvre. Noire. Et peut-être même moche…Mais cher Bon Dieu…je vis ! Je vis ! »
C’est peut-être blasphématoire, incongru et choquant pour certains, mais au final terriblement beau et humain.
A la fois dur, injuste, mais emprunt d’un espoir quasi constant et teinté d’un humour tout innocent et en délicatesse, le livre ne pouvait qu’intéresser un cinéaste tel que Spielberg. En effet, il y a là tous les ingrédients d’un grand film…l’injustice, la dureté de vie, le sexisme, et surtout le courage de vivre, il n’en fallait pas plus pour le cinéaste qui cherchait alors à se démarquer de son style divertissement familial.

Kathleen Kennedy, Steven Spielberg, Alice Walker, Quincy Jones
C’est la productrice Kathleen Kennedy, une fidèle du cinéaste avec qui il avait déjà travaillé sur E.T. qui incite le réalisateur à lire ce livre de femmes. Lui-même issu d’une famille nombreuse avec plusieurs sœurs autour de lui, il est de suite fasciné par cette histoire, et par ce que les deux sœurs devront endurer durant leur vie, de leur séparation à leurs retrouvailles.
Dans son désir de sortir des sentiers battus, Spielberg, déjà en avance sur les cinéastes d’alors qui comptent à Hollywood, entame avec La couleur Pourpre un voyage différent, en vue d’une autre reconnaissance que celle qu’il possède déjà.
Comme un faiseur de tubes radiophoniques, le cinéaste est un money maker…tout ce qu’il touche se transforme en succès, et son nom devient synonyme d’argent. Il produit beaucoup (Joe Dante pour les Gremlins ou L’aventure intérieure, Tobe Hooper pour Poltergeist, Richard Donner pour les Goonies, Robert Zemeckis pour Retour vers le futur, ……..
D’aucuns pensent de lui qu’il est avant tout un businessman avant d’être un vrai cinéaste, et si ses films ont la faveur du public, les professionnels du cinéma ne le récompenseront que très rarement…S’il cumule à outrance les nominations (une 50aine sur l’ensemble de sa carrière), il n’obtiendra dans sa carrière que 3 Oscars, 5 Golden globes et 2 Bafta (tous pour Schindler et Soldat Ryan). Pourtant, il fait preuve dans ses films d’une réelle prouesse technique, et d’un talent indéniable dans la direction d’acteurs.
Spielberg lui, sans en prendre ombrage pour autant, désire montrer qu’il est aussi capable d’autre chose. A l’instar de David Lean qu’il vénère en tant que cinéaste, avec La couleur pourpre, il entame un tournant dans une carrière où il n’a plus rien à prouver au public, peut-être à lui-même et à ses pairs, ce qui ne lui fait pas peur.
Un peu comme le faisait John Steinbeck dans ses livres, avec La couleur pourpre, il va donc mettre en image toute une vie à dimension humaine, avec tout ce que cela comporte de bon et de mauvais. De beau et de sordide. De joie et de tristesse…Pour lui, la faiblesse est humaine, mais surtout une force quand on arrive à la canaliser. Et Celie, la touchante et formidable héroïne de ce livre possède en elle ces deux entités…la faiblesse et la force. De l’esprit et du corps. Car tous deux évolueront dans une lumière qu’elle croie divine mais qui finalement irradie d’elle-même.
A ce titre, la lumière est toujours prépondérante dans les films de Spielberg, et ce, même quand il nous montre le sordide. La photographie (Allen Daviau) est ici un atout considérable pour ce film qui restituera à merveille le chaud soleil du sud, ou les plaines d’Afrique, la poussière des maisons ou la sueur sur les visages et les corps de personnages tour à tour ignobles ou attachants.
Pour autant, si le film est un vrai bonheur visuel, il n’est pas forcément non plus une critique virulente contre une société en perdition, mais plus un constat des dommages collatéraux qu’elle provoque. Il ne tient pas non plus à se poser en donneur de leçons. Il se contentera de mettre en scène le drame d’une vie, et de tous les personnages qui gravitent autour d’elle.
Comme un devoir de mémoire, ici plus un hommage du cœur…juste une belle histoire que beaucoup ont détourné en polémique inutile et surtout stérile.
Car La couleur pourpre est avant tout une formidable leçon de vie, en lieu et place d’un mélo larmoyant que beaucoup considèrent d’une hypocrisie sans borne doublé d’un mercantilisme obsessif. Qu’un blanc, juif de surcroît fasse un film avec une quasi majorité de noirs, était, à l’époque, tout simplement difficilement compréhensible. Ca ne pouvait donc être que pour l’argent, et pour faire parler de lui en provoquant une Amérique encore bien puritaine à l’époque.

Alice Walker, Steven Spielberg & Quincy Jones
C’est ici tout le contraire. Il sait que le sujet va rebuter de prime abord, et que ce qu’il montre durant les 2h30 de son film sera inévitablement comparé avec son travail passé, ce dernier étant essentiellement basé sur le divertissement commercial à base de gros effets spéciaux. Ce film tranche radicalement avec le style qui avait fait de lui le roi d’Hollywood. C’est avant tout un respect profond de l’œuvre originale et surtout un attachement sincère à ce que cette œuvre peut apporter de bon à l’être humain. Tant sur le plan de la réflexion que de l’émotion.
Jamais auparavant, dans les œuvres de Spielberg, l’émotion n’avait été, et ne sera par la suite, si profonde, si viscérale (pas même dans Amistad, pourtant plus sombre, plus réaliste). En remontant dans le temps en se focalisant sur la population noire du début du 20ème siècle, il remonte également tous les mécanismes de l’humain. Ses travers, ses défauts, mais aussi ce qu’il possède de plus précieux, l’amour et le courage de vivre sa vie, aussi dure et cruelle soit-elle. Si ces valeurs sont aujourd’hui enfouies sous des tonnes d’individualisme forcené et d’égoïsme exacerbé, elles prennent ici tous leurs sens dans une histoire à la fois simple et tragique. Ce n’est pas tant une histoire du passé, car cette histoire pourrait être encore aujourd’hui des plus explicites. La signification cachée du titre prend donc ici tout son sens.
Si Celie n’est pas née au bon endroit au bon moment, elle n’en est finalement que plus attachante. Elle représente l’innocence bafouée par les hommes et leur basse moralité. D’abord violée par son propre père, séparée de son enfant qui sera adopté, puis « refourguée » à celui qui deviendra non pas son mari mais « Monsieur », séparée avec violence de sa sœur qui est tout pour elle et supportant des enfants qui ne sont pas les siens et qui la traitent comme la pire des bonniches, Celie va apprendre à vivre sa vie au travers de celle des autres, de la chanteuse de cabaret (Margaret Avery) à la femme obèse de son beau-fils (Oprah Winfrey), elle sera le lien qui unit tous les personnages de cette histoire. Elle sera la lueur d’espoir pour bon nombre des personnages de cette saga paradoxalement sombre dans son propos, mais d’une luminosité à la fois visuelle, mais surtout humaine.

Mais en se basant sur le combat d’une femme, noire de surcroît dans l’Amérique si peu lointaine qui rend banal la discrimination, Spielberg va heurter, surprendre son public habituel…mais en récupérer un autre, plus adulte. Il n’abandonne pas pour autant ses œuvres de divertissement pur, mais désormais, sa carrière sera jalonnée d’œuvres … différentes. Plus sérieuses, plus abouties…Empire du Soleil, Amistad, La liste de Schindler, Soldat Ryan ou encore Munich…témoigneront tous de son implication dans l’histoire de l’humanité en replongeant dans des drames aujourd’hui connus de tous.
Pour sa première incursion sur ce domaine, il choisit donc le roman d’Alice Walker, qui le bouleverse tellement, qu’il ne veut pas attendre pour le transcrire à l’écran.
Pas de grosse production, pas de story-board, pas d’effets spéciaux, et 2h30 d’une vie emplie de drames de toutes sortes et d’émotions diverses…Même John Williams n’est pas de la partie. C’est dire si le changement est total…Juste une belle histoire et son savoir faire de cinéaste, même s’il sait pertinemment qu’il prend un gros risque avec ce tournage qu’il considère lui-même comme la mise en scène d’une troupe de théâtre.
En effet, le public ne suit pas, du moins pas autant qu’avant, et le film est un échec public, au regard de ses œuvres passées.
Si ses précédents films cumulaient allègrement les 5 ou 6 millions de spectateurs en France (jusqu’à

Whoopi Goldberg
Magnifiquement interprétée par une débutante, alors inconnue, qui nous arrache des larmes et nous fait frissonner de compassion, Whoopi Goldberg donne vie à un personnage hors du commun. Cette dernière, officiait en tant que comique stand-up sur les scènes de Broadway (Eddie Murphy et Richard Pryor ont fait de même avant de connaître les succès cinématographiques qu’on leur connaît désormais). Comme beaucoup de monde à l’époque, elle lit elle aussi le livre de Walker, et touchée par l’histoire, décide d’écrire une lettre à l’auteur. Une lettre qui touche vraiment Walker qui décide de venir la voir en spectacle. Quand le casting est en cours de création, l’auteur convainc Spielberg de faire passer une audition à cette jeune femme pleine d’humour mais dont elle sent une force émotionnelle fabuleuse. Le casting de Goldberg se fait en dehors de toute procédure habituelle. Convaincue que le rôle de Sofia (qui sera tenu plus tard par Oprah Winfrey) est fait pour elle, elle décide d’imposer son style comique stand-up en faisant son numéro devant une quarantaine de personnes à la fois hilares et émues. Spielberg tombe sous le charme et lui octroie le rôle principal. Goldberg tente même de dissuader le cinéaste, prétendant que ce n’est pas trop son style, et que si ça ne marche pas ce sera une véritable catastrophe. Le cinéaste, confiant, lui assure du contraire. Le temps prouvera qu’il avait raison.
D’une force éblouissante, qui marque au fer rouge le spectateur, Celie va évoluer dans un univers sordide que Spielberg réussit tout de même à styliser de la plus belle des manières…
Les décors en premier lieu…tournant en milieu naturels, la plupart du temps, le cinéaste nous gratifie de plans sublimes et colorés…fleurs champêtres et couchers de soleils, plans larges d’une nature aussi cruelle que belle, à l’instar finalement de l’humanité qui foule son sol, ce dernier parfois dur et rocailleux ou généreux selon que l’humain s’en occupe ou pas.
Tout est calculé au millimètre…Spielberg désirant un champ de fleurs qui n’existe pas, va faire planter des milliers de graines de fleurs pourpres, même si, pour cela, il faudra attendre qu’elles poussent.
Malheureusement, le pourpre annoncé, tient plus du rose, ce qui ne convient pas au réalisateur. C’est la couleur pourpre qu’il tourne, non la couleur rose. Déjà qu’il avait abandonné l’idée d’un tournage Noir & Blanc pour mettre en avant la couleur, jusque dans son titre, ce n’était pas pour laisser passer un détail tel que celui-ci.
En 1985, les effets numériques n’existant pas encore, l’équipe technique se voit contrainte de devoir teinter les fleurs du premier plan avec une teinture naturelle spéciale et bio dégradable.
Pour les scènes d’hiver, pourtant tournées en plein été à 35°, le stratagème est de recouvrir une partie des champs, tondus pour l’occasion (on est en hiver) avec du sel, et de la mousse, biodégradable elle aussi, pour obtenir l’effet désiré.
Mais les décors et la photographie superbe, ne sont pas les seuls avantages du film…Il y a aussi la musique…

Steven Spielberg & Allen Daviau
En fan de comédie musicale qu’il est (l’ouverture d’Indiana Jones et le temple maudit en est certainement l’exemple le plus probant), la musique est ici plus prépondérante que dans ses autres films. La jovialité d’un peuple passionné est souvent sujette à des scènes dignes des plus grandes comédies musicales, mais dans un registre ici plus dramatique bien que profond. Que ce soit les sessions de la chanteuse Shug Avery dans le cabaret perméable d’Harpo ou le formidable duel entre le chœur d’église, lyrique et religieux , et la marche soul/jazz de la fille du pasteur, les confrontations de style ne révèle finalement qu’une chose…la passion et l’amour de la vie, de l’autre…que ce soit Celie dans le cabaret, où le père dont l’amour manque cruellement à la chanteuse. La musique est donc un vecteur d’émotion formidable qui réunira, rapprochera, ou rendra complice la plupart des personnages.
Si John Williams n’est pas de la partie, c’est parce que Spielberg tient à tourner un film qui rend pleinement hommage au peuple dont il choisit de raconter l’histoire.
Aussi talentueux soit-il, Williams ne peut, en toute légitimité, donner ce que Spielberg recherche. Une musique populaire, qui a ses codes, un son particulier, une âme.
De toute manière, il n’a pas vraiment le choix…alors que les droits sont en cours d’obtention, c’est Quincy Jones qui en est déjà le producteur musical.
Ce dernier, essentiellement connu pour être le producteur qui a lancé la carrière solo de Michaël Jackson avec son album Off the wall et bien sûr le mondialement célèbre Thriller, Jones est avant tout un musicien qui côtoie, produit ou joue avec les plus grands…De Ray Charles à Count Basie en passant par Dizzy Gillespie et Lionel Hampton pour lesquels il fût trompettiste.
Le gaillard connaît donc la musique, et beaucoup d’artistes de la veine de Barbra Streisand et Franck Sinatra le côtoieront durant sa carrière.
Ciblé Jazz, sa musique se prête à merveille pour le cinéma (suivant les traces de Miles Davis probablement), et il écrira moult bandes originales (films mais aussi série) à l’instar de Lalo Schiffrin qu’il connaît très bien, pour des réalisateurs tout aussi prestigieux que les musiciens qu’il a jadis côtoyés. Sidney Pollack, Sidney Lumet, Sam Peckinpah, Norman Jewison, Steven Spielberg bien sûr, ou plus récemment, après 20 ans d’absence, Quentin Tarantino ou Jim Sheridan.
C’est dire s’il est à même de fournir le matériel adéquat à la saga resplendissante de Spielberg. Même si on s’éloigne du jazz qu’il affectionne tant, il maîtrise
C’est également Jones qui insiste pendant la pré-production, pour que Spielberg continue son travail sur ce film. En effet, le réalisateur a conscience de tourner sur un sujet qu’il ne maîtrise pas et dont il ne connaît pas l’âme profonde. La tâche est ardue, s’il adore le bouquin, et qu’il désir vraiment le porter à l’écran, cette incursion profonde dans le monde des noirs américains n’est pas inscrit dans un style narratif où il est des plus à l’aise. De plus, il ne veut en aucun cas choquer la population noire en montrant leurs ancêtres comme étant des rustres durs et méchants. Il n’est pas noir et le voilà à réaliser une saga sur un peuple dont il ne connaît rien finalement. Avec des mots simples, le musicien réussit à convaincre le cinéaste… « Steven…es-tu allé faire des recherches sur Mars ? Es-tu devenu martien pour réaliser E.T. ou Rencontres du troisième type ? Sincèrement… »

Quincy Jones, Michaël Jackson & Steven Spielberg
Après tout, il ne s’agit que de cinéma, de raconter une histoire, de mettre en image un scénario, des costumes…et pour tout ce qui est de la technique d’un film, Spielberg n’a plus rien à prouver.
Pour la chanson phare du film (Sister), Quincy Jones fait même appel à Lionel Ritchie (alors en pleine gloire 80’s) pour écrire les paroles. La chanson est même présentée personnellement à l’auteur Alice Walker, qui la trouve admirable, tant la chanson réussit à retransmettre cette forte amitié, pour ne pas dire plus, auparavant bien improbable, entre Celie et Shug. De plus, la chanson reprend à merveille le style musical des années 30, aux rythmes si spéciaux et au son de piano de cabaret parfois dissonant, car mal accordé.
Mais le professionnalisme du musicien fait merveille sur tout le film, même sur les scènes aux nombreuses transitions Amérique/Afrique…alors que Celie, après avoir trouvé les lettres, cachées par Monsieur, lit celles-ci, les séquences s’enchaînent tant visuellement que musicalement…d’un chant blues de travailleurs ferroviaires aux chants tribaux d’Afrique, des gouttes d’eau qui tombent dans des casseroles aux sons de xylophones en bois traditionnels, ces séquences sont un pur enchantement de couleurs et de sons.

Celie & Shug (Whoopi Goldberg & Margaret Avery)
Initialement prévue pour le rôle de la chanteuse Shug Avery, Tina Turner qui avait fait ses premiers pas au cinéma dans Mad Max III, refuse finalement un rôle pourtant fort et sensible. Son argument est simple et indiscutable, on ne peut plus compréhensible… « J’ai déjà vécu la vie de Célie avec Ike…je ne veux pas la revivre. » Inutile d’insister.
En engageant Margaret Avery, véritable chanteuse elle aussi, mais forcément moins célèbre que Turner, il crédibilise un peu plus un casting composé pour la plupart d’inconnus. Inconnue … ? Pas tant que ça, si le cinéaste l’embauche, c’est en occultant complètement qu’il l’avait déjà fait tourner dans un téléfilm en 1972…Something evil. C’est la chanteuse qui lui rappelle à son bon souvenir.
Destin ? On pourrait le croire finalement…il n’y a qu’à comparer les patronymes du personnage et son interprète…Shug Avery / Margaret Avery …
Et que penser de l’histoire d’Oprah Winfrey ? Ayant lu le livre, elle tombe sous le charme du personnage de Sofia. C’est exactement elle, son caractère. Fière, indépendante, obstinée et fonceuse. Quand elle a connaissance que le livre va être adapté à l’écran, elle n’a alors de cesse de faire des pieds et des mains pour faire partie du casting. Son nom inscrit sur ce dernier, s’en suivent de longues semaines sans aucune nouvelle de qui que ce soit. Quand elle reçoit un appel des bureaux de Spielberg alors qu’elle commence tout juste une cure d’amaigrissement, elle demande pour quel film, espérant de tout cœur que ce soit pour La couleur pourpre…lorsqu’on lui annonce que c’est pour Moonsong, elle est certes un peu déçue, mais se rend sur le tournage. En effet, Spielberg avait pour habitude à l’époque de rester secret sur ses tournages, et donnaient donc à ces derniers, des noms de code. Quand elle prend connaissance des noms des personnages, elle éclate littéralement de joie. Elle sera finalement Sofia, la femme d’Harpo…qui, à bien y regarder est son prénom inversé et masculin. OPRAH --- HARPO…ces deux-là étaient donc faits pour se retrouver à l’écran. Leurs caractères similaires, dirigés par un amour vache mais sincère, est de ce fait un plus indéniable à une histoire déjà bien chargée en personnages attachants.
Même Danny Glover, qui a fait son chemin par la suite, n’avait à l’époque commencé son aventure cinématographique (d’abord acteur TV) qu’à peine un an plus tôt avec Witness de Peter Weir et Silverado de Lawrence Kasdan. Il faut souligner d’ailleurs que Glover est le seul acteur du film, à ne pas avoir du passer une audition pour le rôle. C’est Spielberg lui-même qui impose le choix de cet acteur qu’il avait remarqué dans un téléfilm, et avec qui il désirait tourner plus que tout.
Suivront également Rae Down Chong qui tourna quelques années plus tôt pour notre frenchy Jean-Jacques Annaud avec La guerre du feu, ainsi que Larry Fishburne (guitare en bandoulière), aujourd’hui connu de tous les fans de SF comme étant le Morpheus de la trilogie Matrix.

Steven Spielberg & son fils Max sur le tournage
Le destin semble vraiment habiter l’œuvre et son adaptation…alors qu’il s’apprête à tourner la scène de l’accouchement qui ouvre le film, sa femme de l’époque, alors enceinte (Amy Irving) l’appelle au téléphone pour lui annoncer que l’accouchement ne saurait tarder.
C’est donc le producteur associé de Spielberg, Frank Marshall qui tourne donc la scène en suivant scrupuleusement les directives du réalisateur, après que ce dernier ait préparé toute la scène.
Peu de temps après la naissance de Max, son premier fils, le bébé, un peu malade, ne cesse de pleurer toute la nuit alors que Spielberg travaille sur les rushes de la scène de l’accouchement. Ne sachant quoi faire pour le soulager, lui vient alors l’idée d’enregistrer les pleurs du bébé sur un magnétophone qu’il garde toujours près de lui pour son travail.
Retravaillés en studio, les pleurs du bébé se retrouveront finalement à l’écran, concrétisant la naissance d’un bébé factice recouvert d’un peu de neige carbonique pour simuler la chaleur corporelle du bambin confrontée au froid hivernal. La scène, rappelons-le est tournée en plein été par 35°. Et c’est là, à bien y regarder que réside le seul défaut du film…alors que la température est censée être en dessous de zéro, on ne voit à aucun moment à l’écran l’exhalation des acteurs. Un détail qui au final passe facilement inaperçu, et qui n’entache pas vraiment l’ensemble.
Tournage expérimental par excellence, Spielberg délaisse la grosse machinerie hollywoodienne…pas de story-board, un casting technique essentiellement composé de noirs, à la demande expresse d’Alice Walker pour l’autorisation d’adaptation. Cette dernière d’abord scénariste, écrit un scénario qui reprend son histoire et dans lequel elle va même bien au-delà. Mais, pour des raisons personnelles, et alors que Spielberg tombe sous le charme du scénario, elle décide de renoncer à ce poste et reste alors consultante sur le plateau, aidant le scénariste hollandais Menno Meyjes à mener sa tâche à bien.

Le scénariste Menno Meyjes & Steven Spielberg
Le réalisateur, devant l’angoisse palpable des jeunes comédiens qui ont conscience de jouer désormais dans la cour des grands, délaisse au final toute répétition et décide de fonctionner à l’instinct.
Psychologue dans l’âme, et afin de ne pas soumettre les acteurs au traumatisme de la séparation des deux sœurs, il souhaite tourner si possible cette scène en une seule prise…il isole chacun des acteurs avant de tourner la scène, s’entretient patiemment avec eux, puis lance finalement la séquence où l’improvisation a souvent son mot à dire.
En résulte des plans d’une intensité incroyable…la séparation des deux sœurs par « Monsieur » en est le parfait exemple. Il exige de Glover de tout faire pour séparer les filles, et des deux sœurs, de tout faire pour ne pas se laisser séparer l’une de l’autre. Il met en place ses caméras, prépare minutieusement la scène et laisse faire ses comédiens qui nous livrent alors une prestation déchirante, et d’un réalisme incroyable. La scène est d’une telle violence psychologique qu’il va consoler lui-même le trio après la séquence…les deux sœurs sont en pleurs, et Glover a bien du mal à se remettre de cette scène, qu’il redoutait avant même de la tourner. Mais cela fonctionne…Le malaise est palpable, l’implication omniprésente, et l’efficacité optimale…et je défie quiconque de ne pas avoir de frissons ou de larmes durant cette scène.
A noter également de très nombreux plans sur la boîte aux lettres. En effet, et sur une période de plus de 30 ans, cette boîte restera la même, et sera le témoin immobile du temps qui passe. Tout comme Celie, dont elle peut être considérée comme son double finalement, elle restera aussi vide que le cœur de Celie, se dégradant au fil du temps, vieillissant, prenant des coups, cabossée, attendant vainement des nouvelles de sa sœur qui lui avait promis que seule la mort pourrait l’empêcher de lui écrire. Personnage à part entière du film, voici une belle idée scénaristique qui méritait d’être ici mise en avant.


Pour ceux qui ont eu le courage de lire une fois de plus un de mes pavés, vous aurez compris, je pense, que La couleur pourpre est pour moi un film primordial, essentiel, et qui reste très certainement mon préféré, non seulement dans la filmographie de Steven Spielberg, mais également en général.
Je me rappelle encore très nettement le jour où je suis allé le voir en salle, à sa sortie, dans un cinéma de Paris du côté de l’Opéra Bastille. Nous n’étions que six dans la salle, alors que le film était sorti le jour même. Déjà fan de Spielberg à l’époque, je m’étais précipité en salle pour voir ce qu’il avait bien pu nous concocter. J’en suis ressorti, totalement retourné. Quelle claque…moi qui était resté sur un univers d’émerveillement et de magie, voilà qu’il me plongeait dans une fresque historique, une saga émotionnelle sans précédent pour moi. Un enchantement de tous les instants, des images sublimes à la photographie lumineuse, des acteurs impliqués et sincères, une musique populaire qui colle aux images comme rares ont su le faire, une histoire déchirante d’une beauté quasi mystique…Je n’avais rien trouvé à l’époque, et encore moins aujourd’hui après l’avoir revu maintes fois en DVD, qui puisse ternir une œuvre remarquable sur tous les plans.
Habile mélange d’humour et de drame, le film est un de ceux qui prend aux tripes, et qui vous marque au fer rouge, tant la puissance vous submerge.
A travers la musique qui délivre son message de langage universel, le film nous fait donc oublier toute xénophobie primaire envers nos voisins, et rend hommage de la plus belle des manières à l’être humain en général. Sombre mais teinté d’espoir, le film arrive presque à nous faire rêver d’un monde meilleur.
Assurément une belle leçon de cinéma, mais aussi une grande leçon d’humanité que je ne suis pas près d’oublier de sitôt. 19/20

Whoopi Goldberg & Steven Spielberg

Retrouvailles
Avec Danny Glover, Whoopi Goldberg, Rae Dawn Chong, ...
Année de production : 1985




Les films sur les adolescents sont aujourd’hui légion. Qu’ils soient américains (avec des adolescents qui ne le sont plus vraiment puisqu’ils sont joués plutôt par des jeunes adultes, voire parfois des adultes rajeunis à l’extrême) ou européens, tous mettent en exergue un comportement de satyre, tant le sexe prend à cette époque de notre vie une importance capitale. De la franchise « American pie » aux très bons films italiens, hollandais ou français que sont Melissa P., Profond, ou Mauvaises fréquentations, en passant par l’extrême
inversés. C’est donc avec un grand bonheur que l’on retrouve une
Si le film touche donc un très large public en exposant les forces et faiblesses de chacun, il n’en est que plus bénéfique et ne manquera pas de rapprocher les familles avec un seul message…la communication, l’amour des siens, et la peur que l’on peut ressentir pour eux.
on n’évite pas le langage cru, outrancier et parfois irrespectueux de ces jeunes trous du cul, mais il est dans la mouvance actuelle de ce que l’on peut entendre dans les discussions animées des sorties de lycées. Cela peut paraître choquant, mais nous avons tous fait de même. Le film est là pour nous le rappeler, et surtout pour dédramatiser la chose, à l’image de ce flic des stups qui fume un pétard avec ses amis.









N’y allons pas par quatre chemins…si la première aventure de notre adorable humain/minimoy avait créée la surprise et nous avait enchanté de la plus belle des façons, sa suite se pose finalement comme une grosse déception.
qui tarde à apparaître et dont la vengeance se fait passablement attendre.
Minimoys lorsqu’ils pénètrent le microcosme, on s’attendait à ce que ce gros vilain prenne une forme humaine en pénétrant de vile façon dans notre monde. Il n’en est rien, et 


Scarface (1983) fait partie de ces films, aujourd’hui incontournables, qui ont eu leurs lots de critiques et dont l’aboutissement ne s’est pas fait sans difficultés. Echec critique et public aux Etats-Unis à sa sortie, la presse ne manque pas de fustiger le film pour son ultra-violence, allant même jusqu’à l’accuser de faire l’apologie de la drogue en glorifiant ses trafiquants.
réalisateur possède un style qui lui est propre, d’une certaine classe, pour ne pas dire d’une classe certaine, et dont les films sont appréciés, d’une part, mais surtout respectés du public (ce qui est assez rare à l’époque pour être signalé). De plus le duo Pacino/Lumet a par deux fois plutôt bien fonctionné. Serpico en 1973 (qui donnera même lieu à une très bonne série) et Un après-midi de chien en 1976 qui narre le braquage quelque peu foireux par une bande de bras cassés au final plus sympathique que réellement dangereuse.
Pour cela il va risquer sa personne en allant directement prospecter…tant auprès des caïds cubains de Miami, les interrogeant inlassablement sur leur business, que directement dans les dossiers de justice sur les plus grandes affaires criminelles des dernières années (une autorisation spéciale lui sera même accordée pour cela).
que le public reconnaisse en lui un cinéaste de talent. S’en suivront Phantom of the paradise, Obssession, Carrie, Furie, Pulsions et Blow out lui apportant le succès et la reconnaissance de son style (longs plans séquences travaillés à l’extrême, spleet-screens, travellings divers, ralentis et plans à double focale).
L’hémoglobine est en effet bien présente dans ce film, trop même pour certains qui voient dans la scène de la tronçonneuse, un sommet de sadisme et d’horreur qui n’est pas sans rappeler la révolte bien pensante qui s’éleva à la sortie du film de
d’abord et surtout grâce au charisme et au talent des comédiens qui les interprètent.
Si le mot « culte » est aujourd’hui utilisé à tout va pour une œuvre qui sort un peu de l’ordinaire par un semblant d’originalité, il peut en toute légitimité s’appliquer à ce film.

Quand on connaît l’indéniable talent de ce conteur d’histoire qu’est
Il sait également dénicher les acteurs qui feront passer l’émotion voulue. Que ce soit les tous jeunes
son cœur. Nous sommes donc alors aussi perdus que lui. Si la situation géopolitique nous dépasse parfois, c’est l’humanité resplendissante du jeune garçon qui prédomine dans sa candeur touchante. D’ailleurs, à part les explosions dues aux bombardements alliés sur le camp de prisonniers, Spielberg ne montre que peu de chose de la guerre réelle. Même l’explosion de la bombe atomique n’est en fait que suggérée par une lumière vive. Il ne veut pas en mettre plein la vue comme le feraient d’autres films de guerre en mettant en scène des combats et une flopée d’explosions (il se rattrapera plus tard sur le Soldat Ryan), aussi se concentre-t-il sur la vie d’un camp de prisonniers et tous les petits business qui le structurent et le régissent.
Il a appris de Lean, les plans larges et l’importance de la figuration pour des plans impressionnants de réalisme. Dans pratiquement tous ses films, il y a quelques plans avec des mouvements de foule. D’abord générale, la foule se rétrécit pour se focaliser sur un ou plusieurs personnages forts de son histoire, que suivra le cinéaste pour nous faire partager sa vie. Ou à l’inverse, on suit un personnage puis le plan s’élargit pour prendre conscience de la foule qui l’entoure. Une manière efficace de souligner la commune mesure des personnages, et le chemin tout tracé pour s’identifier à lui.

Alors que le huitième anniversaire de cette funeste tragédie d’un certain 11 septembre 2001 résonne aujourd’hui de sa huitième année, retour sur un des rares films cinéma qui en parle de manière détournée, car pas véritablement axé sur son symbole absolu qu’est le World Trade Center.
Bref, avant que cet article ne soit l’objet de toutes les réactions fiévreuses, passons sur le côté légende de la tragédie pour se focaliser sur le film lui-même. Après tout ce blog est avant tout un espace de partage essentiellement dédié au cinéma, alors…
différents services de l’état, le film nous pose en spectateur d’une tragédie annoncée, mais réellement prenante…à un point tel que, malgré notre connaissance des faits et de l’issue fatale de ceux-ci, on espère presque que les passagers vont pouvoir s’en sortir face au dilettantisme des terroristes, en tentant une ultime révolte, violente, parfaitement filmée par un réalisateur décidément troublant dans tout ce qu’il filme. Les Jason Bourne sont là pour témoigner de l’efficacité de sa mise en scène (voir également 










Essentiellement connu pour les scénars du Facteur sonne toujours deux fois, Le verdict, Les incorruptibles, Nous ne sommes pas des anges, A couteaux tirés, Ronin, Braquages ou Hannibal pour les plus connus,
), le genre s’est finalement éteint pour cause de redondance scénaristique…Le gentil combattant à l’honneur sans tâche face aux méchants qui kidnappent ou tuent la famille du héros-qui-n’avait-rien-demandé-p’tain-on peut pas rester tranquille 5 minutes-merde-je m’excuse !!! Pfffff….
tournant une énième histoire d’un professeur de Jui-chid-su (désolé…à chaque fois je ne résiste pas
), un homme foncièrement bon (
Si l’on ne peut nier la sincérité de l’auteur quant à la démarche filmique (il est lui-même un adepte pratiquant du Jui Jitsu), on pourra en toute légitimité émettre quelques réserves sur le scénar et la réalisation. Bourré de clichés et de maladresses, le scénario, s’il tente de faire revivre le genre, n’est en rien novateur et se perd dans des hommages assumés par un cinéaste qui cultive, à l’instar de
bien dans les scènes dramatiques que dans les scènes d’action musclées.

Sur le sujet douloureux des enfants soldats d’une Afrique martyrisée par des années de guerres civiles et de luttes intestines, le film est une plongée sans concession, et plutôt violente au cœur d’un groupuscule de rebelles, dont le plus âgé ne doit pas avoir 15 ans. Du recrutement par la force et l’intimidation de ces enfants (8 à 10 ans) lors de raids dans des villages pauvres et isolés, à la formation militaire qui commence par l’exécution sommaire de leurs parents, le film passe au crible tous les méfaits commis par ces bandes de gosses. Motivés par l’appât du gain, drogués la plupart du temps à la cocaïne, il est presque choquant de voir ces gamins jouer aux adultes avant l’heure. Ce qui l’est assurément, c’est le sacrifice volontaire d’une enfance, d’une jeunesse, toutes deux sacrifiées pour les besoins de guerres civiles menées par des seigneurs de guerre qui ne valent finalement guère mieux que les dirigeants qu’ils combattent.
balles à blanc sur ces gosses pour les convaincre qu’ils sont invincibles, ou plus tard, à balles réelles sur celui qui aura le malheur de refuser d’aller au combat.
problème. La caméra est juste là pour témoigner de ce qui se passe, et les jeunes acteurs et actrices, sont pour la plupart appliqués, nous offrant des regards parfois profonds, brouillés de larmes et d’incompréhension. Impliqués aussi, car pour son premier film en tant que réalisateur,
passablement amoindrie par une post synchro déplorable. Si possible donc, à voir en VO.
Patrick Robert (Reporters sans frontières)
orthodoxe, cette tragédie qui perdure dans notre monde actuel, censé être civilisé. 


En 1981, le tandem Spielberg/Lucas accouche d’un projet de film qui pose les jalons d’un genre nouveau, qui sera par la suite maintes fois copié. La comédie d’aventure. Le héros, sombre archéologue, un brun bagarreur, séducteur et macho, va devenir l’icône de toute une génération de cinéphile. La recette de ce succès…le mélange des genres. Une touche d’humour, beaucoup d’aventure, de l’action, des poursuites, des bagarres, quelques effets spéciaux, de nombreux décors et pays, une lutte manichéenne contre l’armée nazie d’Hitler, et un mythe légendaire…l’arche d’alliance. Ce coffre précieux qui renfermerait selon la légende, les reliques des tables sacrées de la loi de Dieu, les dix commandements dictés à Moïse sur le Mont Sinaï.
gagne, les protagonistes principaux seront les mêmes. Lucas est toujours à l’écriture, Spielberg réalise, Ford joue, et les ingrédients qui avaient fait le succès de la recette sont donc ici repris en changeant toutefois quelques petites choses. De nouveaux personnages font leur apparition…une chanteuse de cabaret, un gamin orphelin, un méchant chinois qui jure la perte de l’archéologue, mais surtout une secte effroyable qui terrifie les habitants d’un village indien. Mais cette fois-ci, le public a plus de mal à digérer le mélange. En cause, de nombreuses scènes très violentes et une noirceur du récit qui contraste violemment avec le premier opus. Il faut dire que Lucas semble être un spécialiste des seconds volets plus sombres…sur l’épopée Star Wars, L’empire contre-attaque faisait montre du même symptôme d’écriture. Même si le film possède beaucoup d’humour, plus encore je pense que dans le premier volet, le public ne retiendra que les côtés négatifs et répugnants de certaines scènes…le fameux dîner avec le jeune maharadja (Serpent surprise, soupe d’yeux et cervelle de singe en sorbet), les couloirs souterrains jonchés d’insectes et de squelettes humains, ou encore la désormais très célèbre et morbide scène du cœur arraché durant un sacrifice humain à Khali la déesse de la mort. Même
Ce qui est fait est fait. Mais Spielberg et Lucas, tous deux emprunts d’un pragmatisme absolu, ont retenu la leçon. La fin des années 80 voit donc le retour aux sources d’un cinéma plus léger, aux antipodes du voyage cauchemardesque des provinces reculées de l’Inde.
la vie éternelle à son personnage en le faisant boire à la coupe sacrée, sous-entendant que le mythe appartenait désormais à l’histoire, le public n’a eu de cesse de réclamer une suite aux aventures du célèbre archéologue. Il y eut bien une tentative quelques années plus tard…Spielberg ayant recontacté Connery pour filmer une autre suite, mais ce dernier avait déjà pris sa décision de se retirer du monde du cinéma.
Quand l'attente est trop longue, on espère d'un film qu'il soit donc à la hauteur de l'attente, ce qui n'est pas vraiment le cas ici. Le film aurait dû être fait il y a une dizaine d'année, quand le duo Lucas/Spielberg pouvait encore créer de lui-même sans être influencé par les demandes toujours plus nombreuses de fans demandant une suite aux aventures de l'archéologue au chapeau.

Véritable film d’aventures, se passant en fait chronologiquement avant Les aventuriers de l’arche perdue, on y voit un archéologue non plus attaché aux choses du passé et à leur valeur inestimable, mais à la recherche d’une simple pierre, magique pour toute un village dont les enfants ont été capturés pour servir de main d’œuvre dans les mines d’un maharadja aussi jeune que manipulé par un obscur prêtre puissant. Ce n’est pas tant cette pierre qui occupe l’esprit de l’aventurier, bien que celle-ci semble contenir un diamant qui se met à briller lorsqu’il est proche d’une pierre similaire, mais bel et bien le fait de sauver des enfants d’un esclavage odieux et révolu, voulu par un prêtre soucieux de réhabiliter la grandeur d’une secte autrefois puissante.





Le cinéma allemand, tout comme le cinéma espagnol ces dernières années, commence à se faire doucement sa place dans une filmographie déjà bien chargée et très largement dominée par des productions US plus ou moins digne d’intérêt. Si le style reste froid, impersonnel, il faut pourtant savoir aller au-delà des apparences parfois trompeuses pour découvrir parfois de vraies œuvres d’auteur. Si la surprise fût réelle sur un film comme L’expérience d’
intransigeant et peu soucieux des réelles volontés de sa fille, Jenny aime le jazz fusion. Repérée par une vieille femme qui fait office de professeur de musique aux prisonnières et également matons de prison, la rencontre ne se fera pas sans étincelles. Pieuse et drastique, vouant une passion sans borne à la musique classique qu’elle joue depuis sa prime jeunesse elle aussi, le fait de se retrouver devant cette jeune effrontée sans éducation mais au talent plus qu’indéniable, la trouble au plus haut point.
Un film très particulier il faut bien l’avouer, loin du formatage américain tant scénaristique que filmique, avec son lot de sentimentalisme excessif parfois, ou les montages sous adrénaline pour donner du rythme au récit.
est énorme et primordiale. Véritable catalyseur des sentiments refoulés et révélatrice des personnalités des deux femmes, les morceaux sont terriblement bien mis en scènes, et donnent parfois le frisson. On a véritablement à faire à une véritable confrontation classique/jazz fusion, qui n’est pas sans rappeler, pour le morceau final (ces fameuses 4 minutes), les improvisations délirantes d’un


















Depuis quelques années, il faut dire que l’on est habitué au flux régulier de films d’horreur/fantastique/épouvante.
d’être né. Comment alors peut-on être hanté par une personne qui n’est jamais née (Unborn) ?
assez bien menées.





























Si je n’ai pas une joyeuse propension à parler des films français sur mon blog, c’est en grande partie en raison du fait que je trouve notre cinéma trop indigent et bien pauvre visuellement pour pouvoir y trouver quelque intérêt que ce soit. Je préfère, et de beaucoup, me replonger dans un passé glorieux, période après-guerre où des cinéastes comme
un parti inattendu d’acteurs ou actrices pas forcément taillés pour le cinéma. Ce fût le cas notamment avec
« L’argent ne fait pas le bonheur »…si l’adage est connu, et il est d’ailleurs proclamé par l’un des personnages, il est illustré ici avec une philosophie toute relative. Le film, et surtout son personnage principal, emprunts tous deux d’une franchise parfois excessive, mais totalement « catharsisique », soulignent le mal être de la vie moderne et l’aspiration à une vie plus vraie. Les chansons qui jalonnent le film, notamment celle de
meilleur parti d’un acteur que je trouvais pour ma part, inégal et pas franchement attachant. Je me dois d’avouer qu’avec ce rôle, Dupontel me réconcilie en partie avec le cynisme acide d’un humoriste pour le moins exubérant, et à l’humour très spécial. Et ça, ce n’était pas gagné d’avance. Becker a donc su trouver le juste milieu entre les capacités de l’humour fielleux et la puissance d’un récit déguisé en véritable drame, pour nous livrer un vrai film de cinéma, aux décors naturels de toute beauté et au message philosophique très fort. Une vraie réussite. 


















